Chroniques

Chronique : LE MUR DE LA PESTE

« Les hommes construisent trop de murs et pas assez de ponts » 

Isaac Newton

La vie ne se résumerait-elle qu’à une affaire de territoire… et à sa défense : toute forme de vie, du règne végétal au règne animal auquel le genre humain appartient indubitablement.

Faisons abstraction du politique ici au profit de la géographie pure dont les reliefs ont permis de tracer des frontières, ces lignes imaginaires calquées à l’origine sur des limites naturelles : massifs montagneux, cours d’eau, mers… Elles séparent, voire isolent les hommes, parfois malgré eux. Notons cependant que depuis la nuit des temps, tout ce qui vit détient, envahit, s’approprie, annexe et défend un espace en vue de son expansion ; dans certain cas, pour sa survie.

À ces barrières naturelles, les hommes ont dressé des clôtures défensives, tels les murs d’enceinte des cités… jusqu’aux murs improbables, objets et sujets de tensions, voire de conflits, que sont, pour ne citer qu’eux : la Grande Muraille de Chine, le mur de Berlin, le mur entre les États-Unis et le Mexique, le « mur des Sables » marocain, la ligne de démarcation entre les deux Corée… Sans oublier le « mur de séparation » israélien. De ces murs, on en compte une soixantaine à travers le monde !

Ceci pour évoquer un autre mur érigé à quelques lieues de notre Diois, dans le Luberon, aux confins des anciens Comtat Venaissin et Comté de Provence. Bâti en pierre sèche, long de 27 kilomètres et haut de deux mètres, il fut érigé en 1721 et en toute hâte au pied des monts de Vaucluse pour protéger les Comtadins de la peste qui frappa Marseille… Il y a 300 ans !

En 1723, la peste est éradiquée et le mur abandonné. De nombreux vestiges, pans de mur et guérites, subsistent. Érigé à quelque 900 mètres d’altitude, il offre, outre une belle occasion d’excursion, un splendide panorama sur les paysages vauclusiens. Un lieu hors du temps, empreint de sérénité, propice à la méditation sur les concepts d’enfermement… et de confinement, chemin faisant !

Philippe Lemonnier